TSMC a signalé cette année un vol présumé de sa technologie de procédé 2 nm, déclenchant une enquête de grande ampleur par les autorités judiciaires taïwanaises. L’affaire, d’abord centrée sur des individus, s’est étendue à des défaillances de gestion chez Tokyo Electron. Les enquêteurs taïwanais ont annoncé avoir poursuivi la filiale taïwanaise de Tokyo Electron et demandé au tribunal une amende de 120 millions de dollars taïwanais.
TSMC a signalé cette année au gouvernement une fuite présumée de la technologie 2 nm, ce qui a déclenché une enquête judiciaire. Le protagoniste principal de cette affaire est un ingénieur du nom de Chen, ancien salarié de TSMC, qui a ensuite rejoint la filiale taïwanaise de Tokyo Electron. Les investigations ont révélé que cet ingénieur aurait utilisé son réseau construit chez TSMC pour solliciter auprès de ses anciens collègues des informations sensibles sur le procédé 2 nm.
Le procédé 2 nm est l’une des technologies les plus avancées de TSMC, représentant le sommet de la fabrication mondiale des semi-conducteurs. Cette technologie implique des secrets industriels essentiels, dont les paramètres d’équipement, les recettes de fabrication et les méthodes d’optimisation du rendement. La fuite de ces informations pourrait permettre à des concurrents de réduire l’écart technologique et menacer la position de leader de Taïwan dans la chaîne de valeur mondiale.
Étant donné que les informations sollicitées concernent le cœur du procédé de fabrication, l’enquête a été élargie pour déterminer s’il y a des implications transfrontalières ou des menaces pour la sécurité. TSMC, en tant que principal fondeur mondial, détient un avantage technologique qui constitue le pilier de la compétitivité taïwanaise. Toute fuite de technologies avancées pourrait représenter une menace majeure pour la sécurité économique de Taïwan.
Dès la phase initiale, les enquêteurs ont pris la mesure de la gravité des faits. Les informations demandées par l’ingénieur Chen étaient vastes et précises, démontrant une connaissance approfondie du procédé 2 nm de TSMC et une conscience de la valeur des données ciblées. Ce comportement ciblé a suscité de sérieuses interrogations sur ses motivations.
En août de cette année, trois personnes ont été officiellement poursuivies. L’enquête indique que l’accusé Chen a tenté à plusieurs reprises d’obtenir des informations sur les procédés avancés, que ce soit chez TSMC ou chez Tokyo Electron, et aurait envisagé d’utiliser ces données pour aider Tokyo Electron à améliorer ses équipements de gravure afin d’obtenir la certification du procédé 2 nm de TSMC.
Cette évolution fait passer l’affaire d’un simple vol individuel de secrets à un possible vol organisé à l’échelle de l’entreprise. Tokyo Electron est l’un des principaux fabricants mondiaux d’équipements pour semi-conducteurs, et ses outils de gravure sont essentiels à la production des wafers. Accéder aux paramètres de procédé de TSMC pourrait théoriquement permettre à Tokyo Electron d’optimiser ses équipements pour satisfaire plus facilement aux exigences strictes de certification de TSMC.
Le processus de certification des équipements par TSMC est extrêmement rigoureux et peut prendre des mois, voire des années. Si un fournisseur d’équipement obtient à l’avance les paramètres du procédé, il peut réduire considérablement la durée de certification et augmenter ses chances de réussite. Ce type d’avantage concurrentiel déloyal porte atteinte non seulement aux intérêts commerciaux de TSMC, mais aussi à l’équité de l’industrie des équipements pour semi-conducteurs.
Risque de transfert technologique transfrontalier : Les informations en cause pourraient être utilisées à l’étranger, menaçant l’avantage technologique de Taïwan.
Fraude à la certification des fournisseurs : Utilisation présumée de secrets industriels pour obtenir un avantage concurrentiel indu.
Menace pour la sécurité : La fuite de technologies de procédés avancés peut affecter la sécurité de Taïwan.
Le parquet a également indiqué que les trois personnes impliquées avaient l’intention d’exporter la technologie propriétaire de TSMC à l’étranger, faisant passer l’affaire d’un simple vol de secrets à une question de sécurité nationale. La réglementation taïwanaise prévoit explicitement que toute fuite impliquant des technologies clés nationales constitue un crime contre la sécurité. Les technologies de fabrication des semi-conducteurs étant considérées comme un intérêt vital pour Taïwan, le parquet a décidé de poursuivre les suspects.
L’affaire a atteint un tournant fin 2025 : le parquet taïwanais a formellement poursuivi la filiale taïwanaise de Tokyo Electron, estimant qu’elle n’avait pas suffisamment contrôlé les agissements de ses employés ni protégé les secrets d’affaires, n’ayant pas su empêcher le vol de technologie par l’ingénieur concerné. C’est la première fois dans l’histoire judiciaire taïwanaise qu’un équipementier étranger pour semi-conducteurs fait l’objet d’une action en justice de cette ampleur.
Le parquet a souligné qu’aucune preuve n’indique que Tokyo Electron ait utilisé ou bénéficié des secrets de TSMC, mais il réclame tout de même une amende de 120 millions de dollars taïwanais pour “manquement à l’obligation de prévention”. L’argument central est que, même si l’entreprise n’a pas directement participé ou profité de l’acte, l’absence de mécanismes de contrôle interne et de surveillance des employés engage sa responsabilité.
Le montant réclamé est particulièrement élevé pour une affaire de secrets d’affaires à Taïwan. Il se fonde sur la valeur commerciale de la technologie 2 nm de TSMC, l’étendue et la sensibilité des informations en cause, les dommages potentiels pour l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs, et l’effet dissuasif recherché pour les autres entreprises. Le parquet veut ainsi envoyer un message clair à toutes les entreprises étrangères opérant à Taïwan : il est impératif de respecter strictement la législation sur la protection des secrets d’affaires.
La gestion de l’incident par Tokyo Electron a également été scrutée. Même si l’entreprise a licencié les employés impliqués dès qu’elle a eu connaissance des faits, le parquet estime que ces mesures correctives n’effacent pas l’absence de prévention. Les entreprises doivent mettre en place, dès le recrutement, la formation et la gestion quotidienne, un système complet de protection des secrets d’affaires, et non attendre qu’un incident se produise pour agir.
Tokyo Electron a déclaré avoir licencié les employés concernés, être en train de vérifier tous les détails et coopérer pleinement avec l’enquête, tout en réaffirmant qu’aucune fuite de données vers des tiers n’a été constatée. Le porte-parole de la société a souligné que Tokyo Electron attachait une grande importance à la propriété intellectuelle et à l’éthique commerciale, regrettant profondément les agissements de ses employés et ayant déjà renforcé ses contrôles internes.
TSMC a également publié un communiqué assurant qu’elle continuerait à renforcer ses contrôles internes et à coopérer avec les autorités, afin de préserver son avantage concurrentiel. TSMC a indiqué avoir lancé un audit interne complet portant sur la gestion des départs, le contrôle d’accès aux données et la gestion des fournisseurs, afin de prévenir toute récidive.
Cette affaire a un impact profond sur l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs. Elle révèle d’abord le risque de fuite technologique lié à la mobilité des talents. Le secteur dépend fortement de l’expertise, mais la mobilité des salariés peut aussi devenir un canal de fuite. Elle met aussi en lumière les défis de la gestion des fournisseurs. La collaboration entre TSMC et ses fournisseurs implique d’importants échanges techniques, et la protection des secrets dans ce contexte devient un enjeu crucial.