Accélération de la régulation à double voie des stablecoins aux États-Unis : analyse approfondie du projet de la FDIC

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Mis à jour: 2026-04-13 10:14

Le 7 avril 2026, le conseil d’administration de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a approuvé un projet de règlement établissant un cadre prudentiel complet pour l’émission de stablecoins de paiement par les banques supervisées par la FDIC et leurs filiales. Après la publication en décembre 2025 des procédures de demande préliminaires, il s’agit du deuxième règlement de soutien introduit par la FDIC dans le cadre de la loi GENIUS. Ce texte marque le passage de la régulation des stablecoins aux États-Unis de son « moment constitutionnel » à une nouvelle « ère de mise en application ». Parallèlement, le 3 avril, le département du Trésor a publié des principes directeurs pour l’approche réglementaire duale, à la fois fédérale et étatique. Associée à la proposition réglementaire globale de l’OCC publiée en février, l’architecture de supervision des stablecoins américains est désormais largement définie.

Qui peut émettre des stablecoins affiliés à une banque ?

La proposition de la FDIC précise que seules les institutions de dépôt assurées (IDI) supervisées par la FDIC, via leurs filiales « Qualified Payment Stablecoin Issuer » (PPSI) dûment constituées, sont autorisées à émettre des stablecoins de paiement dans le cadre du dispositif FDIC. Ce projet s’applique aux banques d’État non membres supervisées par la FDIC ainsi qu’aux associations d’épargne d’État. En décembre 2025, la FDIC a publié les règles encadrant le processus de demande, détaillant la procédure de dépôt et la documentation requise. La proposition actuelle vient compléter ces éléments en définissant les exigences opérationnelles substantielles après approbation, incluant les normes relatives aux réserves, au rachat, au capital, à la liquidité, à la gestion des risques et à la transparence. Les banques créant une PPSI doivent continuer à respecter leurs propres standards prudentiels ; les activités indépendantes de la PPSI ne doivent en aucun cas affaiblir la solidité du capital, la liquidité ou la gestion des risques de la société mère.

Comment sont appliqués les réserves 1:1 et le rachat T+2 ?

Le projet impose que les PPSI garantissent l’intégralité des stablecoins en circulation par des actifs liquides de haute qualité — tels que des espèces ou des bons du Trésor américain — à un ratio minimal de 1:1. La valeur des actifs de réserve ne doit jamais être inférieure à la valeur nominale totale des stablecoins en circulation non rachetés, à tout moment. Les réserves doivent être conservées sur des comptes séparés, valorisées quotidiennement et demeurer parfaitement identifiables. Si une même PPSI émet plusieurs marques de stablecoins, chaque marque doit, en principe, disposer de son propre pool de réserves distinct et traçable ; le mélange des fonds est interdit. Concernant le rachat, la PPSI doit traiter la majorité des demandes dans un délai de deux jours ouvrés (T+2). Toutefois, si les retraits dépassent 10 % des stablecoins en circulation sur une seule journée, la PPSI doit en informer les régulateurs.

Contraintes financières fondamentales pour les stablecoins affiliés à une banque

La proposition fixe des seuils financiers clairs pour les stablecoins affiliés à une banque. Les nouvelles PPSI doivent disposer d’un capital minimum de 5 millions de dollars au cours de leurs trois premières années d’activité. Par ailleurs, les PPSI doivent maintenir un coussin de liquidité suffisant pour couvrir douze mois de dépenses opérationnelles prévisionnelles. Le texte interdit explicitement tout versement d’intérêts ou de rendement aux détenteurs de stablecoins. Les actifs de réserve des PPSI ne peuvent être utilisés pour des opérations de prêt, de réutilisation (rehypothecation) ou toute autre activité à risque élevé, ni être mélangés aux fonds propres de la banque. Les stablecoins doivent se limiter strictement à des fonctions de paiement et de règlement, et ne pas être utilisés comme instruments générant du rendement.

Assurance des dépôts : où s’applique la protection, où elle ne s’applique pas

La proposition de la FDIC précise que les dépôts bancaires détenus en tant que réserves de stablecoins sont considérés comme des dépôts d’entreprise et n’ouvrent pas droit à la couverture d’assurance-dépôts individuelle (pass-through). Le président de la FDIC, Travis Hill, a déjà indiqué que les détenteurs de stablecoins de paiement ne sont pas éligibles à l’assurance-dépôts de la FDIC, et que les émetteurs ne peuvent pas revendiquer cette protection dans leur communication. Parallèlement, la FDIC a mis à jour sa réglementation pour préciser que les dépôts tokenisés éligibles bénéficient du même traitement que les dépôts traditionnels comparables au titre du Federal Deposit Insurance Act. La distinction essentielle : si les actifs de réserve détenus sur des comptes bancaires sont protégés par l’assurance-dépôts au niveau du compte, cette protection ne s’étend pas aux détenteurs finaux de stablecoins.

Lutte contre le blanchiment et conformité aux sanctions : des obligations incontournables

Le 8 avril 2026, le département du Trésor, en collaboration avec le FinCEN et l’OFAC, a publié un projet de règlement désignant formellement les PPSI comme « institutions financières » au sens du Bank Secrecy Act. Les PPSI doivent mettre en place des programmes complets de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) et le financement du terrorisme (CFT), et disposer de capacités techniques pour intercepter, geler et rejeter certaines transactions. Chaque PPSI doit désigner un responsable conformité résidant aux États-Unis, chargé de superviser les dispositifs AML/CFT ; cette personne ne doit présenter aucun antécédent judiciaire en matière de délit d’initié, de cybercriminalité ou de fraude financière. Le projet de la FDIC impose également aux PPSI d’adopter une gouvernance robuste, des dispositifs de cybersécurité solides et un contrôle effectif au niveau du conseil d’administration. Des rapports mensuels sur les réserves sont obligatoires, et les émetteurs dont l’encours de stablecoins dépasse 5 milliards de dollars doivent se soumettre à un audit annuel exhaustif.

Répartition des compétences entre supervision fédérale et étatique

La proposition du département du Trésor publiée le 3 avril 2026 définit le cadre de base de la régulation duale, fédérale et étatique. Les émetteurs de stablecoins dont l’encours total n’excède pas 1 milliard de dollars peuvent opter pour une supervision au niveau de l’État, à condition que le cadre réglementaire local soit « substantiellement similaire » aux normes fédérales. Les critères du Trésor exigent que les dispositifs étatiques « respectent ou dépassent » les exigences fédérales sur les points clés tels que les réserves, la conformité AML et la protection des consommateurs. Dès lors que l’encours dépasse 1 milliard de dollars, la compétence réglementaire bascule automatiquement au niveau fédéral. Ainsi, le système dual n’est pas constitué de deux voies parallèles et indépendantes, mais d’une structure hiérarchisée : les acteurs de moindre taille peuvent opérer sous un régime étatique qualifié, mais doivent passer sous supervision fédérale à mesure qu’ils prennent de l’ampleur.

Conséquences de la régulation duale pour le secteur

Avec la mise en œuvre du projet de la FDIC, celui de l’OCC et le cadre dual du Trésor, l’émission de stablecoins sort de la zone grise réglementaire pour rejoindre un système formalisé, calqué sur le modèle bancaire. Les grands émetteurs, qu’ils optent pour la voie fédérale ou étatique, devront satisfaire à des exigences strictes en matière de capital et de transparence. Le seuil d’entrée pour les émetteurs affiliés à une banque est clairement défini, tandis que les émetteurs non bancaires relèvent de la compétence de l’OCC. En janvier 2026, les volumes mensuels de transferts de stablecoins ont atteint 10,5 milliards de dollars, soit un niveau comparable au volume annuel de paiements en monnaie fiduciaire traité par Mastercard. À cette échelle, l’instauration de règles claires aura un impact direct sur la dynamique concurrentielle des infrastructures de paiement de demain. Une fois les règles finalisées, les écarts de coûts de conformité deviendront un critère déterminant pour les émetteurs dans le choix de leur régime réglementaire.

Synthèse

La proposition de la FDIC sur les stablecoins pose un cadre prudentiel exhaustif pour l’émission de stablecoins affiliés à une banque, structuré autour de six axes : réserves, rachat, capital, liquidité, gestion des risques et transparence. Les exigences principales se résument ainsi : « réserves 1:1 + rachat T+2 + capital minimum de 5 millions de dollars + absence d’intérêts + pas d’assurance-dépôts pass-through ». En parallèle, le dispositif dual du Trésor prévoit que les émetteurs dont l’encours de stablecoins est inférieur à 1 milliard de dollars peuvent choisir une supervision étatique, tandis que ceux dépassant ce seuil relèvent automatiquement de la régulation fédérale. Au 13 avril 2026, la proposition de la FDIC entre dans une période de consultation publique de 60 jours. L’adoption définitive du règlement est attendue d’ici la fin 2026, pour une entrée en vigueur complète en 2027. Pour les émetteurs de stablecoins, le choix du régime dépendra de leur taille, de leurs capacités de conformité et de leur stratégie d’entreprise.

FAQ

Q : La proposition de la FDIC signifie-t-elle que les détenteurs de stablecoins bénéficient de l’assurance-dépôts ?

R : Non. La FDIC précise clairement que les réserves de stablecoins de paiement sont traitées comme des dépôts d’entreprise et ne donnent pas droit à l’assurance-dépôts individuelle pass-through. Les émetteurs ne peuvent pas non plus revendiquer la protection de la FDIC dans leur communication.

Q : L’exigence de capital minimum de 5 millions de dollars est-elle obligatoire pour tous les émetteurs de stablecoins ?

R : Cette exigence s’applique aux nouvelles filiales PPSI affiliées à une banque relevant du cadre réglementaire de la FDIC, et doit être respectée durant leurs trois premières années d’activité. Les émetteurs non bancaires (par exemple, les émetteurs non bancaires agréés au niveau fédéral sous supervision de l’OCC) sont soumis à des normes de capital différentes.

Q : Les stablecoins dont l’encours dépasse 1 milliard de dollars seront-ils automatiquement soumis à la supervision fédérale ?

R : Oui. Selon le cadre dual du Trésor, dès que l’encours dépasse 1 milliard de dollars, la compétence réglementaire passe automatiquement du niveau étatique au niveau fédéral.

Q : À quelle date le régime réglementaire dual entrera-t-il officiellement en vigueur ?

R : Le projet de la FDIC est actuellement en consultation publique pour 60 jours (jusqu’au début du mois de juin 2026). L’adoption définitive du règlement est attendue dans le courant de l’année 2026. La loi GENIUS entrera pleinement en vigueur le 18 janvier 2027, ou 120 jours après la publication du règlement d’application définitif, la date la plus proche étant retenue.

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