Les autorités judiciaires ont perquisitionné 12 sites, dont les bureaux de Supermicro à Taïwan, l'opérateur de centre de données Isomni Telecom, et le distributeur Chingyun Technology, dans le cadre de l'élargissement de l'enquête sur la contrebande de serveurs AI de Nvidia vers la Chine.

Le bureau du procureur de Keelung a lancé une deuxième vague de perquisitions le 29, ciblant 12 sites dont le bureau de Supermicro à Taïwan, l'opérateur de datacenter Chief Telecom (6561), et le distributeur Qingyun Technology (5386), et a convoqué six employés de sociétés technologiques.
(Contexte précédent : Des Taiwanais soupçonnés de contrebande de puces Nvidia AI vers la Chine ! Bloomberg : Utilisation du Japon comme tremplin pour faire passer en fraude des serveurs haut de gamme Supermicro)
(Contexte complémentaire : Jensen Huang refuse de témoigner devant le Congrès, un sénateur américain ironise : « Il a le temps de manger des nouilles zhajiang, mais pas d'expliquer les affaires chinoises de NVIDIA »)

Table des matières

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  • 700 millions de coût d'achat, 50 serveurs exportés via le Japon
  • Chief Telecom perquisitionné : pourquoi l'opérateur de datacenter est-il impliqué ?
  • Les lacunes juridiques taïwanaises et les correctifs à venir

Le 29 juin, le bureau du procureur de Keelung a dirigé la brigade de Keelung de la division de détection et de prévention, en collaboration avec l'Agence des garde-côtes, le bureau de Taipei du Bureau d'enquête, et la brigade criminelle de Keelung, pour mener des perquisitions simultanées sur 12 sites à Taipei, Nouveau Taipei et ailleurs. Les cibles comprenaient le bureau de Supermicro à Taïwan, l'opérateur de datacenter Chief Telecom (6561), et le distributeur de Supermicro, Qingyun Technology (5386).

Les six employés convoqués comprenaient un superviseur nommé Wang de Supermicro et du personnel commercial, qui ont été emmenés l'un après l'autre au bureau du procureur de Keelung pour un interrogatoire complémentaire. L'affaire est instruite sous les chefs de faux, d'abus de confiance, et de violation des devoirs professionnels selon le Code pénal.

700 millions de coût d'achat, 50 serveurs exportés via le Japon

La première vague de perquisitions a eu lieu le 20 mai, où les enquêteurs ont saisi 50 serveurs Supermicro AI équipés de puces Nvidia GB300, ainsi que plus de 9 millions de dollars taïwanais en espèces. Le coût d'achat sur le marché de ces serveurs est estimé à environ 700 millions de dollars taïwanais, soit près de 14 millions par unité, ce qui en fait l'un des matériels de calcul AI les plus haut de gamme disponibles sur le marché.

La méthode de contrebande n'est pas compliquée, mais ce qui l'est, c'est la conception : les entreprises impliquées ont déclaré de fausses désignations de marchandises dans des documents frauduleux, enregistrant une exportation depuis le port de Keelung avec le Japon comme destination, mais utilisant en réalité le Japon comme tremplin avant un transbordement via Hong Kong, pour finalement livrer aux clients en Chine continentale, à Hong Kong et à Macao. En termes simples, ils ont fait passer la puissance de calcul des puces AI les plus récentes de Nvidia via un itinéraire de contournement en trois étapes vers des destinations clairement interdites par les contrôles à l'exportation américains.

Le GB300 est la dernière architecture de puce d'entraînement AI de Nvidia, avec des performances nettement supérieures à celles du H100 de la génération précédente. Il figure déjà sur la liste de contrôle américaine des articles critiques. Il est à noter que dans cette affaire, il n'est pas exporté sous forme de puce, mais intégré dans des systèmes de serveurs Supermicro, ce qui rend le déguisement plus difficile et, une fois saisi, l'ampleur est plus difficile à dissimuler.

Chief Telecom perquisitionné : pourquoi l'opérateur de datacenter est-il impliqué ?

Parmi les trois sociétés perquisitionnées, celle qui a le plus intrigué le public n'est ni Supermicro ni Qingyun, mais Chief Telecom.

Chief Telecom est l'un des plus grands fournisseurs de services de datacenters neutres (IDC) de Taïwan. Son cœur de métier est la location d'espace et d'infrastructure de datacenter, où les clients apportent leurs propres équipements. Chief Telecom ne vend ni ne possède de serveurs.

Puisqu'il n'a pas d'activité de transaction de serveurs, pourquoi figure-t-il sur la liste des perquisitions ? Chief Telecom a déclaré le 29 juin qu'il coopérait pleinement avec les enquêtes et qu'il publierait une déclaration après une réunion des dirigeants, sans avoir encore précisé le lien exact de son implication. La direction possible n'est pas « l'achat-vente », mais le « stockage de transit » ou l'assistance d'infrastructure. Si une chaîne de contrebande a besoin d'un nœud intermédiaire pour le stockage temporaire, les tests ou la distribution des serveurs, un datacenter est l'endroit le plus naturel.

Les lacunes juridiques taïwanaises et les correctifs à venir

Cette affaire s'inscrit dans un contexte institutionnel plus large : Taïwan n'a toujours pas érigé en infraction pénale distincte l'exportation illégale de puces AI vers la Chine.

Actuellement, les procureurs ne peuvent que s'appuyer sur des chefs généraux du Code pénal tels que le faux et l'abus de confiance, ce qui limite considérablement la sévérité des sanctions. Les autorités compétentes ne peuvent guère que rappeler aux entreprises qu'elles risquent de violer les réglementations américaines sur les contrôles à l'exportation, plutôt que de les sanctionner directement en vertu de la loi nationale. Mais cette lacune est en train d'être comblée : Taïwan étudie une modification législative qui pourrait à l'avenir inclure directement l'exportation illégale de puces AI dans les sanctions pénales.

La ligne de front du contrôle des puces AI s'étend désormais des schémas de conception et des usines de fabrication de wafers aux racks de datacenters et aux cales de navires. À une époque où la puissance de calcul devient une ressource stratégique, chaque nœud intermédiaire de la chaîne d'approvisionnement n'a plus la possibilité de « rester en dehors ».

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