Naval a créé un nouveau fonds pour les Américains ordinaires, avec un seuil de 500 dollars, et toutes les grandes entreprises d'IA ont investi dedans.

Titre original : Naval crée un nouveau fonds pour les Américains ordinaires, seuil de 500 dollars, investissement dans toutes les grandes entreprises d’IA

Auteur original : 0xFacai

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Reproduction : Mars Finance

L’ange investisseur le plus célèbre de la Silicon Valley, Naval, vient de lancer un nouveau fonds. Contrairement aux plus de 400 entreprises dans lesquelles il a personnellement investi auparavant (Uber, Twitter, Notion en font partie), cette fois, vous pouvez aussi investir.

Pas besoin d’être millionnaire, pas besoin de relations, pas besoin de certification « investisseur qualifié » au sens de la loi américaine sur les valeurs mobilières. À partir de 500 dollars, vous pouvez acheter simultanément des parts d’OpenAI, Anthropic, xAI, SpaceX.

Le nom du fonds est USVC (United States Venture Capital), créé par AngelList, avec Naval lui-même à la tête du comité d’investissement. Après son lancement hier soir, le tweet d’annonce d’AngelList a été vu 2,75 millions de fois, et celui de Naval, ce long tweet, a été vu 2,25 millions de fois. Ils ont fixé un slogan très ambitieux pour ce fonds : « Le fonds de donation du peuple américain ».

Cela ressemble à une véritable égalité financière. Mais en ouvrant ce panier, ce qu’il contient est bien plus complexe que la simple communication.

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Le long tweet annonçant le lancement a été écrit personnellement par Naval, dans son style habituel : phrases courtes, maximes, analogies historiques.

Il commence par évoquer l’ère des grandes découvertes du XVIe siècle, puis compare la médiane d’âge des sociétés cotées américaines en 1980 (6 ans) et aujourd’hui (13 ans), signifiant que la croissance accessible aux investisseurs particuliers sur le marché public a été en grande partie verrouillée dans le privé.

Le dernier paragraphe de ce tweet se termine par une maxime un peu fataliste : « À l’avenir, soit vous dites à l’ordinateur quoi faire, soit l’ordinateur vous dira quoi faire. Vous ne voulez pas être du mauvais côté de cette transaction. » La narration est aussi élégante que la dernière campagne de levée de fonds sérieuse de la Silicon Valley.

Un règle dure du marché privé américain depuis plusieurs décennies est que, pour investir dans une entreprise non cotée, il faut d’abord prouver que l’on est un « investisseur qualifié », ce qui bloque la majorité des gens ordinaires hors du cercle des VC.

USVC contourne cette règle en s’inscrivant directement comme un fonds fermé selon la loi sur les sociétés d’investissement de 1940. C’est la même législation qui régit les fonds communs de placement et les ETF aux États-Unis. Une fois enregistré, le fonds doit faire l’objet d’audits standardisés, de rapports financiers périodiques, mais en échange, il peut s’ouvrir à tous, sans vérification d’investisseur qualifié, et il émet chaque année un formulaire 1099 pour la fiscalité, ce qui est beaucoup plus favorable pour les investisseurs individuels que le formulaire K-1 typique des fonds privés.

Le slogan d’USVC répète un chiffre : 125 milliards de dollars. C’est le total des actifs sous gestion de la plateforme AngelList. Depuis sa création en 2010 par Naval et d’autres, AngelList est devenue une infrastructure fondamentale pour l’investissement privé américain, avec plus de 4 500 gestionnaires de fonds actifs, plus de 25 000 fonds, et plus de 13 000 startups en activité.

Ankur Nagpal, GP d’USVC, a déclaré dans une série de tweets que cette « avantage compétitif » venait du fait que la capacité de sélection d’USVC ne dépend pas uniquement de Naval ou d’Ankur, mais de l’utilisation des flux de données et du réseau de gestionnaires d’AngelList comme un tamis.

Ankur Nagpal gère quotidiennement USVC. Il est le fondateur de la plateforme d’éducation en ligne Teachable, aujourd’hui GP d’USVC, et également fondateur du fonds émergent Vibe Capital chez AngelList. Naval, lui, joue le rôle de président du comité d’investissement, chargé de définir la stratégie, mais sans prendre part aux décisions quotidiennes.

Au sein du conseil, siègent aussi plusieurs figures emblématiques de la Silicon Valley : Cyan Banister, ancienne associée de Founders Fund ; Arielle Zuckerberg, qui a investi chez Coatue et Kleiner Perkins ; Jeff Fagnan, fondateur du fonds Accomplice, ayant investi tôt dans Carbon Black, PillPack, Whoop.

Cette liste envoie un signal clair aux investisseurs particuliers : nous ne sommes pas un produit de gestion de fortune improvisé, derrière nous se cache tout un cercle de VC mature.

Mais qu’y a-t-il vraiment dans USVC ?

Structuré différemment des ETF ou des fonds communs classiques, USVC est un fonds fermé perpétuel, sans durée fixe, dont les parts ne se négocient pas en marché secondaire.

Contrairement aux fonds de capital-risque traditionnels, il n’a pas de période de blocage de 10 à 15 ans. Par rapport à un ETF, ses parts ne sont pas cotées en bourse, leur prix ne fluctue pas selon le sentiment du marché secondaire, mais reste aligné sur la valeur réelle des entreprises sous-jacentes.

Ce modèle permet d’afficher une courbe de rendement « raisonnable » : il ne subit pas les fluctuations quotidiennes du marché secondaire comme un ETF, ni ne bloque l’argent pendant une décennie comme un vieux fonds de VC.

Selon leur site, après avoir levé des fonds, USVC suit trois stratégies d’investissement :

  1. Investir dans d’autres gestionnaires de fonds. USVC agit en tant que LP, en finançant des gestionnaires émergents qu’il apprécie sur AngelList. C’est la principale voie d’exposition précoce.

  2. Participer aux tours de croissance. Lorsqu’une startup du portefeuille progresse, USVC tente d’y augmenter sa participation lors des tours suivants, pour éviter la dilution.

  3. Acheter des parts secondaires. Via le réseau AngelList, acheter directement des parts de sociétés privées déjà en développement, auprès des actionnaires existants.

Ces trois stratégies indiquent que, fondamentalement, USVC ressemble plus à un FOF (fonds de fonds) qu’à un fonds d’investissement direct. La majorité de ses fonds ne va pas directement dans OpenAI, Anthropic, mais dans d’autres fonds, qui eux, investissent dans ces sociétés.

Le portefeuille actuel d’USVC, tel que dévoilé sur leur site, comprend OpenAI, Anthropic, mais la majorité des parts est dans xAI :

Les parts d’USVC ne sont pas cotées en bourse. La question est : comment les investisseurs récupèrent-ils leur argent ?

La réponse : par une offre de rachat trimestrielle. Le fonds peut, chaque trimestre, proposer de racheter une partie de ses parts, jusqu’à 5 % de la valeur nette d’inventaire. Mais c’est une décision discrétionnaire du conseil d’administration, pas une obligation contractuelle. C’est une solution intermédiaire, moins liquide qu’un ETF mais plus flexible qu’un fonds de VC traditionnel. Pour l’investisseur, si vous avez besoin d’argent rapidement, il faut savoir que la liquidité de ces parts est limitée.

Ce qui est le plus intéressant dans cette histoire, c’est la structure tarifaire d’USVC.

En haut de leur page d’accueil, USVC affiche en gros : « 1 % de frais de gestion, pas de partage des performances ». En comparaison, ils prennent 2 % de gestion pour un fonds de VC classique.

C’est leur argument de vente principal. Mais en regardant en bas de la page, on découvre la vraie structure des coûts :

« Autres frais de fonds 2,61 % » — qu’est-ce que cela signifie ? Cela correspond à la première stratégie, celle d’investir dans d’autres gestionnaires. Ces gestionnaires facturent à USVC 2 % de gestion et 20 % de performance. Ces coûts sont supportés par USVC en tant que LP, puis répercutés sur l’investisseur final.

Ainsi, le taux net effectif d’USVC serait plutôt autour de 2,50 %. Mais ce n’est pas la version finale. Le site mentionne aussi une clause clé : AngelList accepte de réduire certains frais et de prendre en charge une partie des coûts opérationnels, jusqu’au 29 octobre 2026. Après cette date, le taux passera directement à 3,61 %.

Supposons que le portefeuille d’USVC génère un rendement brut annuel de 12 %, comparable à la médiane des VC de premier plan ces dix dernières années. Pendant la période de réduction, le taux net serait de 2,50 %, avec un rendement net pour l’investisseur d’environ 9,5 %. Après expiration de la réduction, le taux passe à 3,61 %, et le rendement net tombe à environ 8,4 %.

Sur 10 ans en capitalisation, 10 000 dollars deviendraient respectivement 24 800 et 22 400 dollars. La différence : 2 400 dollars, soit 24 % du capital initial.

Ce n’est pas une histoire de fraude. Tous ces chiffres sont clairement indiqués sur la page de divulgation réglementaire d’USVC. Mais pour un fonds qui revendique « l’égalité financière », cette différence mérite d’être soulignée.

Derrière cette narration, est-ce vraiment « l’investissement pour tous » ?

Un analyste bien connu du cercle des produits de la Silicon Valley, Aakash Gupta, a examiné les documents déposés par USVC auprès de la SEC. Il a découvert qu’au 31 décembre 2025, la taille totale du fonds USVC n’était que de 8,3 millions de dollars. Et parmi ces 8,3 millions, 56 % (environ 4,65 millions) étaient placés dans un fonds monétaire gouvernemental à rendement de 3,66 %.

Ce chiffre contraste fortement avec la liste des sept entreprises vedettes sur la page d’accueil. On voit OpenAI, Anthropic, xAI, SpaceX, mais la majorité des fonds est dans des obligations d’État à court terme.

Cela peut s’expliquer par la jeunesse du fonds, qui doit déployer ses liquidités, ou par le fait qu’Ankur a aussi mentionné dans un tweet qu’« il y a encore un pipeline de nouveaux projets prometteurs ».

Certains critiques considèrent aussi qu’USVC est une nouvelle « stratégie de sortie de liquidité » de Naval, une mécanique de distribution plutôt qu’un vrai accès. Selon eux, USVC ne donne pas accès à des investissements directs, mais distribue des positions déjà valorisées.

Au cours des dix dernières années, la valorisation du privé a connu une hausse majeure : OpenAI est passé de 86 milliards à 500 milliards en trois ans, xAI a été valorisée à 240 milliards puis à plus de 2000 milliards en 18 mois. Sur le marché public, plusieurs exemples montrent que la valorisation privée peut être excessive : Figma a chuté de 50 % deux semaines après son IPO, Klarna est passé d’une valorisation privée de 46 milliards à 6,7 milliards lors de l’introduction en bourse. Dans ce contexte, vendre ces positions packagées aux particuliers ressemble davantage à une « distribution ».

La limite de rachat trimestriel à 5 %, dans un marché en crise, pourrait devenir problématique si, en 2027, la valeur des sociétés privées baisse, et que le marché secondaire se contracte. La décision rationnelle du conseil serait alors de ne pas racheter cette saison, ou de vendre à bas prix des actifs sous-jacents pour respecter cette limite.

Kenn Ejima, développeur et investisseur de la Silicon Valley, a commenté que USVC n’était qu’un fonds avec une fenêtre d’opportunité limitée, dont la durée dépend de la longévité du rôle de Naval en tant que président du comité.

Le mot « démocratisation » a été évoqué plusieurs fois dans l’histoire financière du siècle dernier. La question récurrente est : « La démocratisation concerne-t-elle les opportunités ou les risques ? » Mais cette fois, il faut peut-être se demander : « Ce que vous achetez, c’est un fonds, ou l’attention de Naval ces dernières années ? »

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