Bitcoin fantôme

Écrit par : Daii

Ouvre ton application d’échange, regarde le « Solde BTC » dans ton compte. Tu penses que c’est la véritable propriété du Bitcoin ? NON, ce n’est qu’une « ombre » du Bitcoin.

Le Bitcoin a bien changé depuis ses débuts. Tu as sûrement déjà entendu son histoire : un total de 21 millions, avec des halvings qui réduisent de plus en plus l’offre nouvelle. Il ressemble à une « roche temporelle » aussi dure que possible, dont on peut même mesurer le rythme par la hauteur des blocs.

Mais dans le monde réel, le « Bitcoin » qui est « échangé, mis en garantie, évalué, détenu » ne correspond pas forcément aux UTXO sur la chaîne.

Qu’est-ce qu’un UTXO ? C’est le héros de cet article — le vrai Bitcoin, en opposition à l’ombre du Bitcoin. Tu peux le comprendre comme la seule véritable « cash physique » que tu peux tenir dans ta main dans l’univers Bitcoin.

Plus précisément, l’UTXO est un « Unspent Transaction Output », traduit en français par « sortie de transaction non dépensée ». Ça peut paraître technique, mais son sens est très concret :

Dans le système Bitcoin, ton solde n’est pas un chiffre inscrit sur un compte, mais plutôt une « petite monnaie » ou un « ticket de monnaie ».

Chaque UTXO est comme un « ticket de rendu » ou un « coupon cash » avec une valeur, indiquant : cet argent appartient à une adresse, et seul celui qui détient la clé privée correspondante peut le dépenser.

Quand tu « paies » avec du Bitcoin, tu ne déduis pas un chiffre de ton compte, mais tu transmets une ou plusieurs UTXO entières. Le système les considère comme « utilisées » (plus présentes), puis génère de nouveaux UTXO : une partie pour le destinataire, une autre comme « rendu » qui revient à ton adresse.

Donc, ce que tu possèdes réellement sur la chaîne Bitcoin, ce n’est pas un « chiffre BTC affiché par une plateforme », mais un ensemble d’UTXO que tu peux signer avec ta clé privée pour les dépenser. Ce sont eux qui constituent la véritable « entité » dans la couche de règlement ultime.

Et ce que tu vois dans ton compte d’échange, dans tes parts ETF, dans une position de prêt DeFi ou dans un contrat à terme perpétuel, ce ne sont souvent que des « droits ou expositions » au BTC — semblant être un solde, mais en réalité ce sont des contrats, des certificats ou des lignes sur un registre de plateforme. Ce ne sont pas le vrai Bitcoin, mais son ombre, qui ne peut être qu’une « ombre » du Bitcoin, ou au mieux une « shadow bitcoin ».

Si tout cela te paraît encore abstrait, ne débattons pas des concepts, regardons d’abord trois séries de chiffres pour faire apparaître l’ombre.

Première lumière : la majorité des échanges ne se fait pas en spot

Dans l’intuition de beaucoup, « le trading spot » serait la véritable essence du prix, et les « contrats » ne seraient qu’une ombre tournant autour du spot. Mais face aux données, cet ordre est souvent inversé : ce sont les dérivés qui constituent le cœur de l’activité de trading.

Selon le bilan annuel de Kaiko, en 2025, environ 75 % des activités de trading en cryptomonnaies se dérouleraient sur le marché des dérivés ; pour le Bitcoin, les contrats perpétuels représenteraient environ 68 % du volume de trading BTC. En même temps, le volume quotidien moyen des contrats perpétuels BTC oscillerait entre 10 et 30 milliards de dollars, avec des pics où une seule plateforme pourrait atteindre 80 milliards de dollars. (coinglass)

Cela signifie : souvent, ce qui est le plus « congestionné » et « intensif » dans le marché, ce n’est pas le spot, mais l’arène de l’exposition à effet de levier.

Deuxième lumière : l’ETF transforme l’ombre en actif financier principal

Si les contrats perpétuels sont une « ombre de trading », alors l’ETF est une « ombre institutionnalisée » : il encapsule l’exposition au prix du BTC dans un titre, permettant à un grand flux de capitaux d’y entrer de façon familière.

Prenons l’exemple des données de suivi de l’ETF Bitbo : début 2026, la détention totale de l’ETF spot Bitcoin aux États-Unis aurait atteint environ 1 301 880 BTC (valeur d’environ 121,27 milliards de dollars), dont environ 770 792 BTC détenus par BlackRock via IBIT. (bitbo.io)

Ces BTC peuvent être conservés sur la chaîne, mais pour la majorité des détenteurs, ce qu’ils détiennent, ce ne sont pas des UTXO, mais des parts de fonds — ils possèdent un « droit sur un actif financier », pas le « contrôle de la clé privée sur la chaîne ».

Troisième lumière : l’encapsulation du BTC transforme « les gains sur la chaîne » en « crédit sur la chaîne »

L’ombre ne se limite pas au finance centralisé. Sur la chaîne, il existe aussi tout un système industriel pour transformer le BTC en actifs composables : WBTC, cbBTC, etc., qui transforment le BTC en ERC-20 dans l’univers EVM, permettant de le prêter, de le faire marcher comme collatéral, de générer des rendements composés.

Par exemple, Coinbase avec son cbBTC, indique sur sa page de preuve de réserve qu’au 6 janvier 2026, le total émis serait d’environ 73 773,70 cbBTC, avec des informations vérifiables sur la réserve et l’adresse blockchain correspondante. (coinbase.com)

WBTC reste une autre grande forme d’encapsulation du BTC (les chiffres varient selon les sources, par exemple CoinGecko affiche la circulation / l’offre publique). (CoinGecko)

Vous constaterez une vérité « moderne » : plus le Bitcoin est rare, plus sa structure de crédit autour est florissante. Car les actifs rares sont les meilleurs collatéraux — ils peuvent comprimer la « valeur temporelle » dans la spirale de l’expansion du crédit.

À ce stade, vous avez peut-être une compréhension intuitive de l’ombre du Bitcoin, mais l’intuition seule ne suffit pas. On ne peut pas prendre de décisions uniquement par feeling ; il faut comprendre la véritable nature de l’ombre du Bitcoin.

  1. Qu’est-ce que l’ombre du Bitcoin ?

Discuter de « l’ombre du Bitcoin » peut rapidement tomber dans une phrase creuse : « Tant que ce n’est pas sur la chaîne, ce n’est pas du vrai BTC » — ce n’est pas exact.

Une façon plus précise de décomposer est : diviser le « Bitcoin » en trois types de droits — qu’est-ce que tu détiens réellement ?

Propriété (Finality) : peux-tu contrôler un UTXO sur la chaîne avec ta clé privée, pour réaliser le règlement final ?

Droit de remboursement (Redemption / Claim) : peux-tu échanger un certificat contre du BTC (ou équivalent en cash) ? Quelles sont les règles, la priorité, le chemin de remboursement ?

Exposition au prix (Price Exposure) : veux-tu simplement suivre la hausse ou la baisse du BTC, sans te soucier du remboursement ou du règlement final ?

L’« ombre du Bitcoin » en essence, c’est : le marché utilise contrats, custodial, titrisation et encapsulation pour te faire obtenir un droit de remboursement ou une exposition au prix, sans détenir l’UTXO sur la chaîne. Ce n’est pas une seule espèce, mais tout un écosystème.

Mais le spectre derrière l’ombre du Bitcoin que tu ne connais pas, c’est le levier. Certains leviers sont ajoutés par toi-même, d’autres par d’autres pour toi, et la majorité des bénéfices va à ceux qui en prennent le plus, tandis que ton gain est souvent asymétrique face au risque.

Nous allons donc, autour du « levier », stratifier l’ombre, comme on épluche un oignon.

  1. Le spectre derrière l’ombre du Bitcoin — le levier

Si « l’ombre du Bitcoin » est une couche d’« droits et d’exposition » emballés successivement, alors le levier est ce qui fait soudain pousser des dents à ces ombres.

C’est comme un vent invisible : au début, il ne fait que faire onduler la surface de l’eau, qu’on croit « liquidité » ; mais quand la force du vent devient un ouragan, les ondulations se transforment en murs d’eau, renversant ton bateau supposé solide. Et le plus dangereux, c’est que ce vent ne vient pas seulement de toi — souvent, c’est la plateforme qui hisse la voile à ta place, sans que tu ne saches où est la corde.

Je vais préciser le levier dans un cadre plus rigoureux : ce n’est pas simplement un « multiple ». L’essence du levier, c’est utiliser la même base d’actifs, sous différentes règles et registres, pour générer à répétition des « expositions négociables » et des « crédits » en garantie. Le levier explicite te permet d’utiliser une petite marge pour contrôler une position nominale plus grande ; le levier implicite, c’est le système (plateforme) qui, avec tes actifs, construit un bilan plus gros, concentrant les gains à certains nœuds, dispersant le risque de queue vers toi.

Pour survivre à l’ère de l’ombre, il faut d’abord voir deux images.

2.1 La première image : le levier explicite, comme un couteau

Beaucoup pensent que les contrats ne sont que « pari sur la hausse ou la baisse ». Mais la vraie magie du marché des contrats, c’est qu’il transforme le Bitcoin en une « exposition nominale infiniment réplicable ».

Selon une étude de Kaiko en 2025, plus de 75 % de l’activité de trading en crypto se ferait via des dérivés, et environ 68 % du volume de trading BTC serait sur des contrats perpétuels (en hausse par rapport à 2024). En clair, la partie la plus « encombrée » et « active » du marché, ce n’est pas le spot, mais les perpétuels. (Kaiko)

C’est la première forme de « usine à ombres » : ce n’est pas que le Bitcoin devient plus nombreux, mais que ses positions nominales deviennent énormes. Ce que tu vois, ce sont le volume, le taux de financement, les liquidations — en réalité, ce sont différentes facettes d’une même chose : la même base d’actifs, qui tourne sur un levier.

Le résumé de l’AMINA Bank pour le marché dérivé du T3 2025 donne des chiffres plus précis : volume quotidien moyen de 24,6 milliards de dollars, avec 78 % en contrats perpétuels, et plusieurs grandes plateformes affichant un volume dérivé supérieur à celui du spot, avec un ratio allant de 5 à 10. (AMINA Bank)

Ce n’est pas « de la simple agitation », c’est une structure : quand la majorité des échanges se fait sur le marché à effet de levier, le comportement des prix à court terme ressemble de plus en plus à celui des « produits à effet de levier », et non à celui du « bien physique ».

Il ne faut pas croire aux théories abstraites, il suffit de voir un événement extrême. Le rapport d’AMINA relate une cascade de liquidations en septembre 2025 : en 24 heures, pour environ 16,7 milliards de dollars de positions ont été liquidées, impliquant plus de 226 000 traders ; parmi eux, 94 % étaient en position longue, avec un levier allant jusqu’à 125x. (AMINA Bank)

La même année, en octobre, Reuters rapportait une autre vague de « désendettement » encore plus violente : lors d’une panique déclenchée par une politique macroéconomique, plus de 19 milliards de dollars de positions à effet de levier ont été liquidées, ce qui est considéré comme l’un des plus grands « événements de liquidation » de l’histoire crypto. (Reuters)

On voit que le monde du levier explicite est très « rationnel » : si la position devient trop grande, elle est liquidée ; si le levier est trop élevé, on se fait nettoyer ; et si le taux de financement devient extrême, il revient à la normale. C’est comme une lame : tranchante, mais où l’on voit au moins où elle se trouve.

Mais dans l’ère de l’ombre du Bitcoin, le vrai danger n’est pas la lame que tu tiens, mais celle que tu crois ne pas avoir, parce qu’on te l’a mise dans la main en te faisant croire à une promesse de sécurité.

2.2 La deuxième image : le levier implicite, comme un fantôme

Le levier implicite est le plus dangereux, car il se présente souvent sous une apparence de « rendement ».

Tu déposes du BTC, tu vois « Earn », « gestion de patrimoine », ou un taux annuel stable ; mais en comptabilité, tu as peut-être déjà transféré le contrôle ou même la propriété de l’actif à la plateforme. À ce moment-là, ton solde affiché ressemble plus à un IOU : il est équivalent à du BTC en temps normal, mais en cas de retrait massif, tu te rends compte que c’est une créance, pas l’actif sur la chaîne.

Le cas de Celsius a montré cette frontière très crûment. La cour a statué que, selon les termes, lorsque tu déposes des fonds dans le compte Earn, la propriété est transférée à Celsius ; lors de la faillite, Celsius détenait environ 4,2 milliards de dollars d’actifs, impliquant 600 000 utilisateurs. (Investopedia)

Plusieurs cabinets juridiques ont une lecture plus directe : les clauses transfèrent explicitement la propriété des actifs déposés dans Earn à Celsius, laissant les utilisateurs en position de créanciers non garantis en cas de faillite. (Sidley Austin)

C’est le prototype du « risque-rendement asymétrique » : des gains à quelques points d’intérêt, mais des risques de niveau bilan, avec des événements extrêmes qui peuvent tout faire s’effondrer en quelques secondes, laissant le principal en queue de peloton.

FTX illustre une autre facette du levier implicite : ce n’est pas que les clauses soient mal écrites, c’est que le flux de fonds est volontairement opaque. La plainte de la CFTC indique que les fonds fiat des clients restent souvent dans des comptes bancaires sous le nom d’Alameda, et que le système interne de comptabilité de FTX utilise un compte « fiat@ftx » pour refléter le solde fiat des clients, atteignant parfois 8 milliards de dollars. (CFTC) La communication de la SEC accuse aussi FTX de détournement de fonds et de dissimulation auprès des investisseurs. (SEC)

Dans ce contexte, beaucoup d’échanges ont commencé à publier des Proof of Reserves (preuves de réserve) après 2022, pour tenter de prouver qu’ils n’ont pas utilisé les fonds clients. C’est mieux que rien, mais cela est souvent mal compris comme « audit = sécurité ».

Les cabinets d’audit comme PwC insistent sur un point clé : le PoR est souvent une simple photo instantanée des actifs, pas un audit complet, et ne couvre pas forcément le passif ni la capacité de paiement globale. (PwC)

En langage clair : le PoR, c’est comme faire un inventaire dans la cuisine à un instant précis, sans savoir combien de personnes attendent dehors pour manger, ni si le cuisinier a mis la casserole en garantie chez quelqu’un. Cela augmente la transparence, mais ne garantit pas la capacité de paiement à l’échelle du bilan, ni la résistance à la pression.

L’évolution plus « moderne » du levier implicite, c’est son intégration dans deux machines plus puissantes : une, la finance décentralisée (DeFi), qui offre une crédibilité composable ; l’autre, l’ETF, qui formalise la gestion de fonds. Elles rendent l’ombre plus standardisée, plus grande, et plus facilement confondue avec le « vrai ».

Commençons par l’encapsulation.

La preuve de réserve de Coinbase pour son cbBTC, actualisée le 6 janvier 2026, indique environ 76 230 BTC en réserve, contre une offre d’environ 76 219 cbBTC, avec une confirmation que Coinbase détient et garde en custody un ratio 1:1. (Coinbase)

Ce type de transparence est une avancée, car tu peux au moins voir « l’épaisseur de cette ombre ». Mais il faut garder en tête : la transparence ne signifie pas absence de risque, elle ne déplace que le risque du « black box » vers « l’observable, mais toujours à assumer ».

Regardons aussi WBTC. En août 2024, BitGo a annoncé le transfert de ses activités WBTC vers une structure multi-juridictions, avec une gestion par plusieurs institutions et une coentreprise avec Bit Global. (The Digital Asset Infrastructure Company)

Ce changement de structure peut immédiatement déclencher une réaction en chaîne dans la couche de gestion des risques DeFi. Par exemple, sur le forum de gouvernance d’Aave, des discussions ont émergé sur la « nécessité de réévaluer le risque d’intégration de WBTC ». (Aave)

Cela montre que le risque de l’encapsulation du BTC ne se limite pas à la simple relation 1:1, mais dépend aussi de la gouvernance et de la gestion des custodians, qui peuvent changer la capacité de sortie future.

Enfin, regardons l’ETF.

Prenons l’exemple du prospectus du BlackRock iShares Bitcoin Trust : il précise que la souscription et le rachat ne peuvent être effectués que par des « Authorized Participants » (participants autorisés). (BlackRock)

Cela signifie que la majorité des investisseurs ordinaires détiennent des parts de titres, et non un droit direct à recevoir du BTC. L’ETF transforme le Bitcoin en un actif financier principal, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, mais cela renforce une réalité : tu es plus éloigné du « règlement final UTXO » — tu possèdes une structure de droits financiers, pas le contrôle direct sur la chaîne.

Ainsi, tu constateras que le levier implicite le plus dangereux n’est pas sa « hauteur », mais sa capacité à apparaître sous forme de « promesse » : retrait à tout moment, échange instantané, ratio 1:1, réserve transparente.

Plus la promesse est fluide, plus il faut se demander : à quel risque cette certitude est-elle liée ? Où est le risque caché ? Qui en assume la responsabilité ?

2.3 Paradoxe du levier : plus le Bitcoin est rare, plus l’ombre prospère ; plus l’ombre prospère, plus le système a besoin d’un « jour de nettoyage »

Les actifs rares sont naturellement de bons collatéraux.

Il y a un paradoxe que tu as peut-être déjà perçu : plus le collatéral est dur, plus la croissance du crédit est audacieuse ; plus la croissance est grande, plus le système est sensible aux fluctuations de prix ; et quand la fluctuation déclenche la liquidation, c’est comme une cascade qui récupère le levier.

Les recherches du BIS décrivent cela en termes académiques : dans les systèmes de prêt DeFi, un levier plus élevé affaiblit la résilience du système et augmente la proportion de dettes proches de la liquidation ; le niveau de levier dépend de LTV, du coût du prêt, et de la volatilité des prix. (Bank for International Settlements)

En termes simples : quand tu utilises ton BTC comme collatéral, et que tu le réutilises encore et encore, le système devient comme un ressort géant et précis ; il peut te faire sauter plus haut, mais aussi te faire tomber plus vite.

Donc, la phrase « le spectre derrière l’ombre du Bitcoin, c’est le levier » ne signifie pas simplement « évite les contrats ». Elle te rappelle que :

Même si tu ne fais pas de contrats, dès que tu mets du BTC dans un système de rendement, il faut te demander : ce système y a-t-il ajouté du levier à ton insu ? Si oui, à qui reviennent les bénéfices du levier, et qui supporte le risque ultime ?

En voyant cela, tu te demandes peut-être : puisque l’ombre est inévitable et que le levier est partout, comment un particulier peut-il établir une stratégie de survie entre « besoin de rendement » et « limite de sortie » ?

  1. Stratégies de survie à l’ère de l’ombre — comment ne pas se faire piéger par l’ombre ?

Tu as probablement compris une chose : l’ombre du Bitcoin n’est pas une « conspiration », c’est une réalité structurelle (division du travail).

Le BTC sur la chaîne (UTXO) est responsable du règlement final ; les diverses formes d’encapsulation, de trading, de financement institutionnel, sont là pour la liquidité, l’efficacité, le rendement et l’accès institutionnel. Il est très difficile de s’en défaire complètement, sauf à tout mettre en cold wallet et abandonner « l’accessibilité » et « le rendement ».

Alors, face à l’impossibilité d’échapper à l’ombre, comment ne pas se faire piéger ?

Ma réponse n’est pas un slogan, mais un cadre pratique, applicable au quotidien, capable de sauver en cas d’extrême. Son seul principe :

Écris ton bilan d’« quels droits tu détiens réellement » et fais en sorte que chaque ombre ait une voie claire de sortie.

Tu verras que la plupart des catastrophes ne surviennent pas quand le prix baisse, mais quand tu crois pouvoir sortir, puis la porte se ferme soudainement.

3.1 Commence par établir une règle : quel type de BTC veux-tu ?

Le plus grand piège cognitif de l’ère de l’ombre, c’est de considérer toutes les formes de « solde BTC » comme identiques. Le BTC que tu vois dans ton exchange, celui dans ton ETF, celui dans la encapsulation, ou dans un contrat perpétuel, correspondent à des droits différents.

Il faut d’abord te poser une question très concrète : à quoi sert cet argent ?

3.1.1 Si tu veux la « propriété du règlement final »

Alors, il te faut du BTC sur la chaîne, contrôlable par ta clé privée ; ce n’est pas une croyance émotionnelle, c’est une frontière légale et technique — elle détermine si, en cas de problème, tu es « propriétaire de l’actif » ou « créancier non garanti ».

L’affaire Celsius a clairement montré cette frontière. La cour a statué que, selon les termes, lorsque tu déposes des fonds dans le compte Earn, la propriété est transférée à Celsius ; lors de la faillite, Celsius détenait environ 4,2 milliards de dollars d’actifs, impliquant 600 000 utilisateurs. (Investopedia)

Ce n’est pas une question morale de « la plateforme est mauvaise ou bonne », c’est une question de contrat : quel droit as-tu réellement transféré ?

3.1.2 Si tu veux l’« exposition au prix »

Alors, tu peux choisir des outils plus institutionnels et familiers, comme un ETF spot Bitcoin. Leur avantage, c’est la conformité et la facilité de trading. Mais ils te disent aussi très clairement : tu ne détiens pas la clé privée, tu détiens une part de titre, pas le BTC lui-même. (BlackRock)

Prenons l’exemple du BlackRock iShares Bitcoin Trust : en tant qu’investisseur ordinaire, tu ne peux pas demander à BlackRock de te livrer du BTC en première main, car seul l’« Authorized Participant » peut faire cela. Tu ne peux que trader des parts sur le marché secondaire, ce qui correspond à une exposition au prix. (BlackRock)

3.1.3 Si tu veux le « rendement »

Alors, sois très clair : le rendement du BTC n’est presque jamais « sans risque » ; il s’agit plutôt d’endosser un certain risque dans un système. Dans la sphère centrale, le rendement vient de l’expansion du crédit ; dans l’ombre du Bitcoin, il vient souvent de la chaîne de crédit et de la réhypothécation — mais via des plateformes, des protocoles de prêt, du market making et du ré-pledge.

Les études du BIS sur le levier en DeFi donnent une base essentielle : dans les principaux protocoles de prêt DeFi, le levier global (actifs / fonds propres) tourne généralement entre 1,4 et 1,9, mais les « utilisateurs les plus actifs » ont souvent un levier plus élevé ; et plus le levier est élevé, plus la résilience du système s’affaiblit, et plus la part de dettes proches de la liquidation augmente. (Bank for International Settlements)

En langage simple : ce que tu vois comme rendement, c’est souvent une partie du système qui joue avec le levier, qui tente de faire du profit en jouant la volatilité, en utilisant le collatéral comme boule de neige. Tu prends la commission, tu assumes le risque de cascade.

En distinguant bien ces trois besoins, tu peux passer à l’étape suivante : la séparation des comptes.

3.2 La séparation des comptes : divise le BTC en trois livres, et l’ombre ne sera plus une soupe

L’erreur la plus courante chez l’individu, c’est de mélanger « la réserve ultime » avec « le fonds de travail » et « le fonds de rendement », puis de tout gérer avec la même logique. La stratégie de survie dans l’ère de l’ombre consiste justement à faire l’inverse : diviser le BTC en trois livres, chacune avec une mission précise.

Le premier livre, je te conseille de le considérer comme « le livre de règlement ».

Son seul objectif : pouvoir réaliser le règlement final en toute autonomie, dans n’importe quelle plateforme, protocole ou changement réglementaire. Plus ses actifs sont proches d’un UTXO, mieux c’est, car c’est la dernière barrière entre toi et le « système d’ombre ». Tu n’as pas besoin de le sacraliser, mais tu dois reconnaître sa fonction unique : c’est la seule forme de BTC où tu n’as pas besoin de faire confiance à un tiers pour la capacité de paiement.

Le deuxième livre, c’est « le livre de travail ».

Il sert à la liquidité et à la facilité de trading : acheter ou vendre du spot, changer de devise, payer des frais, ajuster ta position à tout moment. Ce n’est pas pour faire du rendement, mais pour pouvoir agir librement dans le système d’ombre. La métrique clé, ce n’est pas le APY, mais la « capacité de sortie » : peux-tu sortir ? En combien de temps ? En cas de marché extrême, pourra-t-il y avoir un contrôle temporaire ? La plateforme a-t-elle une séparation claire des actifs et une conformité ? Tu ne cherches pas un « rendement plus élevé », mais une « porte qui peut s’ouvrir même en cas d’incendie ».

Le troisième livre, c’est « le livre de rendement ».

Son but : tu es prêt à mettre une petite partie de ton BTC pour générer du rendement, à condition que, même si ce livre devient zéro, ton règlement et ta vie ne soient pas mis en danger. Je te conseille de le voir comme une assurance : cette petite prime, c’est la prime d’une police d’assurance que tu vends ; en cas d’événement extrême, c’est toi qui devras payer.

Pourquoi limiter la taille de ce « livre de rendement » ?

Parce que les événements extrêmes ne sont pas rares, mais tu as tendance à penser qu’ils ne t’arriveront pas. Les documents d’enquête de FTX montrent clairement comment les fonds clients ont été mêlés et détournés : les fonds fiat déposés peuvent entrer dans des comptes Alameda, et le système interne de comptabilité de FTX utilise un compte « fiat@ftx » pour refléter le solde fiat, atteignant parfois 8 milliards de dollars. (CFTC) La SEC accuse aussi FTX de détournement et de dissimulation.

Dans ce contexte, un « rendement annuel de 5 % ou 10 % » n’a plus de sens : ce n’est pas la volatilité du prix qui compte, mais la rupture de la chaîne de paiement.

La séparation des comptes n’est pas une question morale, c’est une ingénierie de gestion du risque. En faisant cela, l’ombre du Bitcoin devient un « risque maîtrisable » et non un « monstre incompréhensible ».

3.3 Imposer des limites au rendement : écrire « le droit de sortie » dans ta procédure

Pour une stratégie de survie, si tu te contentes d’un discours de principe, ça peut vite devenir du blabla. La vraie stratégie efficace dans l’ère de l’ombre doit s’intégrer dans ton quotidien, comme se brosser les dents.

Je te recommande de faire du « droit de sortie » la règle fondamentale du livre de rendement : avant de participer à tout système générant du BTC, fais un exercice de simulation de sortie, comme un exercice d’évacuation incendie. Tu dois savoir comment partir en cas de pire scénario.

Pour tout plateforme où tu déposes du BTC pour gagner des intérêts, pose-toi trois questions :

Quand je veux retirer, est-ce que je peux le faire en un clic, ou faut-il une validation manuelle ?

En cas de marché extrême, y a-t-il déjà eu une suspension de retraits dans le passé ?

Si la plateforme ferme soudainement, ai-je d’autres voies pour récupérer mon argent ?

Les ETF ont une règle claire : tu peux vendre tes parts en bourse, mais tu ne peux pas demander à la fondation de te livrer directement du BTC ; la création et le rachat sont effectués par des « Authorized Participants », et les investisseurs ordinaires échangent des parts sur le marché secondaire. (BlackRock)

Cela signifie qu’ils sont adaptés comme « outils d’exposition au prix », mais pas comme « outils de règlement final ». Si tu confonds ETF et BTC, tu as déjà mal compris la structure des droits.

L’encapsulation du BTC (comme cbBTC, WBTC) offre une autre forme de droit de sortie : tu dépends d’un dépositaire ou d’un mécanisme pour échanger la version encapsulée contre du BTC natif. La transparence de cbBTC s’améliore avec la preuve de réserve et les adresses vérifiables, permettant de voir la correspondance entre réserve et offre. Bitbo

Mais il faut garder en tête : la transparence ne garantit pas l’absence de risque, elle ne fait que déplacer le risque du « black box » vers « l’observable, mais toujours à assumer ».

Et quand tu passes à des couches plus profondes comme le prêt, le ré-pledge ou les stratégies structurées, la sortie devient souvent liée à la volatilité du marché : en cas de forte chute, ton positionnement peut être liquidé, ou la liquidité du protocole peut s’amenuiser, ou le pont cross-chain peut se congestionner, et tu te retrouves non pas à « sortir », mais à « être sorti ».

C’est pour cela que je recommande de limiter la taille de ton « livre de rendement » : tu ne cherches pas à faire la plus grosse machine, mais à te laisser une voie de fuite à tout moment.

Concernant le rendement du Bitcoin, c’est très simple : le « tenir » est une victoire, plus tu le tiens longtemps, plus la victoire est grande. Tu n’as pas besoin de te faire du souci pour quelques petits intérêts. Bien sûr, c’est contre la nature humaine, c’est difficile. Moi-même, j’ai du mal à le faire. Si tu es débutant, tu as un avantage : la peur t’empêche de bouger n’importe comment. Je te conseille de consulter mon article sur Zhihu « Référence pour airdrops » — il y a deux tutoriels pour débutants : acheter du Bitcoin et l’envoyer directement dans un cold wallet.

Conclusion

L’ombre du Bitcoin n’est pas une arnaque, c’est une structure : dès que tu cherches la liquidité, le rendement ou la commodité, tu entres forcément dans le système d’ombre. Le vrai danger, ce n’est pas l’ombre elle-même, mais d’oublier qu’elle est une ombre — confondre « droit de remboursement » et « propriété », « promesse » et « garantie », « rendement annuel » et « sécurité ».

Souviens-toi de cette phrase :

Le rendement n’est pas gratuit, l’intérêt n’est que la prime que tu prends pour supporter le risque du système.

Tu peux gagner de l’argent dans l’ombre, mais en respectant une règle fondamentale :

Ta clé privée doit être entre tes mains, sinon ce n’est pas du Bitcoin ; ce n’est qu’un billet de promesse détenu par quelqu’un d’autre.

Dans l’ère de l’ombre, la meilleure stratégie de survie n’a jamais été de courir plus vite, mais de pouvoir « sortir à tout moment ».

Avant d’évaluer une plateforme ou un produit, pose-toi cette question :

En cas de pire scénario, combien de clics faut-il pour que je puisse faire revenir mon UTXO sur la chaîne ?

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